Et si repartir à neuf, c’était aussi arriver?

On associe souvent « repartir à neuf » à de grands changements de vie, comme dans le cas de Pierre, médecin de 40 ans, marié et père de deux enfants, ayant choisi de quitter sa pratique médicale pour se lancer dans l’élevage de moutons avec sa famille. Pierre repart à neuf! Et comme Marie, 35 ans, adjointe administrative par excellence, qui choisit de quitter un bon boulot avec tous les bénéfices associés, afin de démarrer sa propre entreprise de services informatiques. Marie repart à neuf!

Bien qu’il y ait d’extraordinaires « repartir à neuf » dans la vie, je constate au sein des organisations une abondance de « partir à neuf » peut-être plus discrets, mais qui revitalisent tout autant le quotidien des personnes.

Repartir à neuf ou revenir à soi?
Le personnel de cette clinique qui, après 10 ans de griefs et de querelles, découvre une confiance renouvelée dans ce qui les rassemble. Les employés de la clinique n’ont pas quitté leur emploi, mais ils sont « repartis à neuf »! Ce qui est commun entre Pierre l’ex-médecin, Marie la nouvelle entrepreneure en informatique et l’équipe de la clinique se résume au fait que « repartir à neuf » est aussi un « retour à soi ». Comme si ce changement était nouveau et familier à la fois.

Les personnes et les équipes qui « repartent à neuf » reviennent à « leur fin ». La clinique vit une renaissance en renouant avec la cause commune qui les rassemble et les mobilise tous. Pierre l’ex-médecin délaisse une sécurité d’emploi tout comme Martine l’entrepreneure pour vivre ce qui les passionne profondément. Toutes ces personnes sont « reparties à neuf » en renouant avec ce qu’ils sont et ce qu’ils souhaitent devenir.

Le grand poète T.S. Eliot définit « repartir à neuf » de la façon suivante :

Nous ne cesserons jamais d’explorer
Et à la fin de toutes nos explorations
Nous arriverons là où nous avons commencé
Et reconnaîtrons cet endroit pour la première fois. 

T.S Eliot nous rappelle que « repartir à neuf » est un re-partir. Un retour à la source, à l’intention originale.

Donald Trump,  un retour au rêve américain
Si les Américains, tout comme le reste du monde, voient un « repartir à neuf » avec l’élection de Donald Trump comme président des États-Unis, c’est aussi avec un sentiment de retour, de réconciliation avec des valeurs américaines qui avaient été négligées au cours des dernières années. C’est un retour au rêve américain, la liberté économique et l’accès à l’emplois.

En explorant ce que signifie le leadership avec des artistes et des créateurs, c’est frappant de constater à quel point ces personnes accordent une importance cardinale dans leur propre leadership À ne jamais perdre de vue l’intention originale de l’œuvre ou du projet. Pour ces créateurs, « repartir à neuf » est souvent revenir à l’expression de l’intention originale de l’œuvre. En reprendre le fil.

Et tout comme les artistes et les créateurs, les experts en management d’aujourd’hui réitèrent eux aussi ce même message en reconnaissant l’importance pour les organisations de se renouveler autour d’un projet et de valeurs partagées. Autour d’un sens continuellement renouvelé. « Qu’est-ce qu’on veut faire ensemble? », « Où voulons-nous aller? » Pour beaucoup d’équipes, « repartir à neuf » consiste d’abord à répondre à ces questions.

Repartir à neuf 86 400 fois par jour? Pourquoi pas!

Ça y est! Je viens de frapper un mur. Dans ma course folle, je n’avais pas vu la courbe qui, elle, m’attendait bien sagement, comme le maître attend son élève.

Faire comme si…
En fait, c’est faux. Si je veux être honnête avec moi-même – car au point où j’en suis l’honnêteté n’est plus optionnelle, mais vitale – j’avais bien entrevu un mur se profiler à l’horizon, mais j’avais trouvé plus confortable de faire comme si…, nourrissant l’illusion que l’autruche avait compris quelque chose de plus que moi sur la vie. Mais non… Me voilà sous le choc de l’impact qui, dans les faits, vient ébranler aussi bien mes convictions que toutes mes fondations. Certes, ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, mais je dois dire que si les premiers murs que j’ai rencontrés dans ma vie ont été faciles à enjamber, voire ignorer, celui-ci est à ce point imposant qu’il ne laisse aucune fuite possible.

Mais rusé comme je suis, je vais sûrement trouver la façon de le contourner, moi qui ai développé au fil des années toute une panoplie de stratagèmes pour ne jamais avoir à me rencontrer, encore moins faire face à ma destinée : la fuite, ici impossible…, le mensonge blanc, vous savez, celui qui ne fait pas mal…, la projection, sport national qui consiste à projeter sur son voisin d’en face ce qu’on n’accepte pas de reconnaître en nous-mêmes, la négation, mieux connue sous le nom de « faire l’autruche », la banalisation, technique sophistiquée de camouflage qui réussit à maquiller l’intolérable pour le rendre acceptable, voire socialement « in ». Avec autant de cordes à mon arc, il doit sûrement en exister une avec laquelle je ne risque pas de me pendre!

À l’aide!
J’ai eu beau explorer tous les recoins de mon quotidien, descendre en apnée jusqu’au cœur de mes entrailles, rien! J’ai eu beau visiter les archives de ma mémoire dans l’espoir de ressusciter les maîtres qui m’avaient jadis inspirée, rien! J’ai eu beau faire tinter toutes les clés du trousseau qu’au fil des années je m’étais constitué : vis intensément l’instant présent… L’espoir est plus fort que la peur… La pensée crée… J’ai eu beau les réciter, les chanter et même les supplier… toujours rien! Pas même une étincelle de solution pour éclairer ma situation. La noirceur est totale et le silence absolu, à un point tel que même l’écho ne répond plus.

Tapie au fond de mon désarroi, prête à abdiquer, je lance un dernier ultimatum à ma destinée : que la mort vienne signer ma délivrance ou que la vie me donne une nouvelle chance! « Tu veux une nouvelle chance? Mais je t’en donne 86 400 par jour! »

À chacun ses chances!
Chaque matin, la vie met à notre disposition 86 400 secondes, 86 400 chances de repartir à neuf, de prendre de nouvelles décisions, de faire de nouveaux choix; 86 400 chances de changer notre vision des expériences qui croisent notre chemin, de les voir non pas comme des obstacles entravant notre route, mais comme des signalisations indiquant la voie à suivre, des balises nous protégeant des précipices dans lesquels nous fonçons trop souvent les yeux fermés, des boussoles nous aidant à garder le cap lorsque notre vie devient un désert dont la traversée met en péril aussi bien notre identité que nos acquis.

Vu d’en haut…
Chaque matin, la vie nous offre 86 400 chances de prendre l’altitude nécessaire pour voir notre parcours « d’en haut », anticiper les courbes, localiser les murs et découvrir les indices qui vont nous permettre de transformer la collision en tremplin.

86 400 chances d’admirer cette Grande Intelligence à l’œuvre, cette énergie de Vie qui nous invite toujours à aller de l’avant, à parfaire nos connaissances, à nous libérer de nos dépendances, à nous guérir du passé.

86 400 chances de quitter l’habit de la victime pour revêtir celle du maître, regarder notre mur sans sourciller, prendre une bonne respiration et choisir, en toute conscience, non pas de le contourner, mais de le traverser, une seconde à la fois.

Autant de déclics dans une vie que d’étoiles dans le ciel

Dormez-vous votre vie? Attendez-vous qu’elle vienne vous interpeller, qu’elle ébranle aussi bien vos fondations que vos croyances, pour vous aider à sortir du coma dans lequel vous êtes profondément assoupi?

Plusieurs humains vivent comme des zombis, des morts vivants qui arpentent leur quotidien jusqu’au jour où la vie vient les extirper de leur endormissement, bousculant sans gêne leurs croyances et leurs repères. C’est à cet instant que la victime en eux s’éveille : « Pourquoi moi? »

Vivre comme un zombi

Dormir sa vie, c’est refuser de voir, d’entendre ou de dire que la vie que l’on vit n’est pas si parfaite que nous voudrions qu’elle en ait l’air. Dormir sa vie, c’est vivre la vie d’un autre et non la sienne, vivre la vie de son conjoint, de ses parents ou de ses enfants. Vivez-vous en zombi?

L’état zombie ressemble à un coma que l’on peut atteindre tout en ayant l’air vivant. Ce coma est un état aigu de suradaptation à la vie que nous avons plus ou moins choisi de vivre. Je prends l’exemple de Paul qui vivait la vie qu’on avait programmée pour lui depuis sa naissance, celle de son père. Paul avait été programmé pour devenir un pompier, comme son père, jusqu’au jour où il a eu des réflexes jugés inappropriés face à un incendie mettant en danger la vie de ses confrères de travail. Paul fut accusé de négligence dans son intervention et s’est retrouvé « sur les tablettes » pour une période de temps où il fut invité à chercher de l’aide psychothérapeutique. Du jour au lendemain, la vie de Paul s’est écroulée. Mais quelle vie? La vie qu’il vivait comme un zombi. Déclic!

La rage de l’impuissance

Vivre une vie qui n’est pas la nôtre fait naître un sentiment d’impuissance qui n’a rien de bénéfique et qui, à la longue, se transforme en sourde colère voire en rage que nous pouvons aisément tourner contre nous-mêmes ou projeter sur les autres. Cette impuissance nous maintient dans l’illusion que nous bougeons, la rage faisant bouillir notre feu intérieur sans toutefois le mettre en mouvement. J’utilise ici l’image du feu intérieur comme étant représentatif de notre élan de vie. Nous sommes habités d’élans, d’impulsions profondes qui pourraient être appelées « aspirations ». Ces mouvements créateurs viennent de notre âme, de notre nature profonde, de tout ce que nous sommes et que nous n’osons pas être.

Qu’attendons-nous pour sortir de ce coma que nous entretenons au prix de grands efforts dans ce factice de bonheur qui n’est pas le nôtre? Un déclic?

Le déclic

Le déclic est ce moment où nous retrouvons « par magie » notre puissance, notre réel pouvoir sur notre vie. Le déclic est aussi le moment où nous cessons de nous battre pour vivre une vie qui ne nous correspond pas, le moment où nous lâchons prise.

Le déclic est souvent initié par un évènement-choc qui nous met en présence de l’impuissance, que ce soit la mort d’un être cher, le diagnostic d’une maladie, la perte de tous ses biens matériels, peu importe; le déclic est souvent provoqué par un mouvement extérieur que nous pressentions.

Le déclic vient d’une mort et nous entraîne dans un changement de position. Tel un noyé, nous étions accrochés aux branches d’une vie qui ne nous correspondait plus et nous avions peur de couler, de nous laisser aller à mourir au passé pour renaître. Mais lorsque nous laissons aller toutes nos réactions de survie, lorsque plus rien de notre ancien « nous » ne fonctionne, alors vient la mort de cette partie de nous qui se nourrissait au passé; vient aussi le déclic qui soudainement déchire le voile de notre coma et nous place devant le choix profond de vivre une vie qui nous ressemble vraiment.